Un graphique : dépenses d'immobilisations et taux de reprise

Chaque dollar de reprise fut un jour un dollar de travail que vous aviez déjà payé. Vous payez deux fois, et la seconde coûte plus cher, car vous payez désormais aussi pour défaire la première.
La question évidente est donc : qu'est-ce qui prédit la reprise? La plupart des programmes répondent par la taille : plus gros chantier, plus de dépenses, plus de reprises. Le graphique ci-dessous trace plutôt une chose que presque personne ne mesure, et sa forme explique davantage de dépassements que tous les registres de risques que j'ai lus.
Ce que montre le graphique
L'axe horizontal n'est pas l'argent. C'est le temps, précisément le délai entre le moment où une décision est prise et le moment où elle est consignée quelque part qu'un étranger pourrait trouver. L'axe vertical est la reprise en part de la valeur installée.
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Trois choses méritent d'en être tirées.
Elle coude, elle ne monte pas en pente. Passer du jour même à trois jours ne coûte presque rien. Passer de deux semaines à un mois, voilà où la courbe devient méchante. Le délai de consignation n'est pas un risque linéaire; il a une falaise, et cette falaise se situe à peu près là où ceux qui ont pris la décision cessent de pouvoir se la rappeler exactement.
Le mécanisme n'est pas l'oubli. C'est la divergence. Une décision non consignée ne reste pas immobile à attendre. Elle est relayée, paraphrasée, réinterprétée, et chaque récit se défend tout seul. Deux semaines plus tard, l'électricien et l'entrepreneur en mécanique bâtissent tous deux fidèlement selon une décision dont ils se souviennent différemment. Quelqu'un va devoir arracher quelque chose.
La dépense n'y figure nulle part. Un chantier de dix millions qui consigne ses décisions le jour même se trouve à gauche de ce graphique. Un chantier d'un million qui les consigne un mois plus tard se trouve à droite, payant un taux presque huit fois plus élevé sur une base bien plus petite.
Pourquoi on blâme la dépense à la place
Parce que la dépense est mesurée. Elle figure dans chaque rapport, suivie au dollar près, revue chaque mois. Le délai de consignation n'est mesuré à peu près nulle part; alors quand la reprise surgit, le seul corrélat disponible est le chiffre que tout le monde possède déjà. Gros chantier, grosses reprises, ce doit être la taille. Cette conclusion survit parce que l'autre hypothèse n'a jamais été inscrite sur la page.
Les grands projets ont bel et bien plus de reprises en valeur absolue. Évidemment : ils ont plus de tout. Mais le taux est une autre question, et c'est par le taux que l'argent fuit. Deux entrepreneurs sur le même chantier, mêmes plans, même mois, peuvent afficher des taux qui varient du simple au quintuple. La taille ne peut pas expliquer cela. Le délai, oui.
Quoi en faire dès demain
Mesurez le délai. Pas parfaitement, et sans nouveau système. Pendant le prochain mois, pour chaque décision qui change une portée, une séquence ou une dimension, notez deux dates : quand elle a été prise et quand elle a été écrite là où quelqu'un d'autre pourrait la trouver. Prenez la médiane.
Si ce chiffre est sous un jour, vos reprises viennent d'ailleurs et ce graphique n'est pas votre problème. S'il dépasse deux semaines, vous venez de trouver le correctif le moins cher à votre portée, et il ne coûte aucun capital. Il coûte à quelqu'un cinq minutes au moment de la décision, le seul moment où la décision est encore gratuite.
Le corollaire inconfortable, c'est que la plupart de ce qu'on appelle un problème de coordination est en réalité un problème de délai mieux habillé. Le reste des graphiques plaide cette cause un chiffre à la fois.


