Notes de terrain : pour les Premieres Nations, les dossiers sont une souverainete

Quand le contrat d'un consultant prend fin, l'ordinateur portable rentre avec lui. Souvent, le seul dossier complet du projet qu'il a mené part aussi : la correspondance, les plans, les approbations, la mémoire institutionnelle discrète des raisons de chaque décision. Pour un gouvernement des Premières Nations, ce départ est plus qu'un désagrément. Il touche quelque chose de plus vaste : qui détient le dossier, et donc qui détient l'histoire.
L'autodétermination se discute d'ordinaire dans le langage du territoire, de la compétence et de la gouvernance. Mais elle vit aussi dans quelque chose de bien plus ordinaire - un dossier, un serveur, un système de classement. Une Nation qui contrôle sa propre information contrôle ses propres preuves, son propre récit et sa propre assise dans la prochaine négociation. Une Nation dont les dossiers vivent sur le disque d'une firme externe dépend, en pratique, de cette firme pour se souvenir de sa propre histoire.
Le dossier comme acte d'autodetermination
Dans la gouvernance autochtone, les données et les dossiers sont de plus en plus compris non comme de la paperasse administrative, mais comme une extension de la souveraineté. Les Premières Nations au Canada l'ont formulé par un ensemble de principes bien établi connu sous le nom de PCAP - Propriété, Contrôle, Accès et Possession (OCAP en anglais) - élaboré et géré par le Centre de gouvernance de l'information des Premières Nations. En clair, ces principes affirment qu'une Première Nation est propriétaire de l'information de sa communauté et décide de la façon dont cette information est recueillie, utilisée, partagée et conservée. Ils transforment les dossiers d'une question technique en une question d'autonomie gouvernementale.
Vue ainsi, la documentation d'un projet n'est pas qu'une hygiène de projet. C'est la différence entre une Nation qui peut répondre 'montrez-nous l'entente, l'approbation, l'historique' à partir de ses propres dossiers, et une Nation qui doit demander à un ancien entrepreneur de fouiller les siens - s'il les a encore, et s'il répond encore au téléphone.
Une capacite que vous pouvez garder
Il existe une version de la livraison de grands projets où une firme externe arrive, mène tout et repart avec le savoir. Les bâtiments restent; le savoir-faire, non. Il existe une autre version où les gens et les systèmes de la Nation détiennent le dossier au fil du travail - de sorte que lorsque le consultant s'en va, la capacité reste. Le premier modèle loue l'expertise. Le second la bâtit.
Ce n'est pas un argument contre l'aide externe; les projets complexes en ont souvent besoin. C'est un argument sur l'endroit où vit le dossier pendant que cette aide est engagée. Un jeu de plans, un journal des décisions, un dossier de contrat conservés dans le système même de la Nation sont une capacité qui se compose - chaque projet laissant le suivant mieux outillé, au lieu de repartir de la mémoire de quelqu'un d'autre.
Ce a quoi cela ressemble un lundi
Cela paraît peu spectaculaire : un système de dossiers que la Nation possède, des conventions de nommage fixées par son propre personnel, et l'attente permanente que chaque consultant remette un dossier complet et organisé - non pas un cadeau d'adieu, mais une exigence contractuelle par défaut. Rien de tout cela n'exige un traité. Cela exige de décider que le dossier appartient à la maison. La souveraineté, au fond, est en partie une décision de classement - prise et reprise, des jours ordinaires, bien avant que quelqu'un demande à voir le dossier.
Le même principe - celui qui détient le dossier détient le pouvoir de répondre du projet - traverse tous les secteurs dont nous parlons. D'autres notes de terrain sur les dossiers, la reddition de comptes et qui raconte l'histoire suivent ce fil à travers les communautés et les grands projets.


